
Le meilleur diplôme de développeur n’est pas le plus cher, mais celui qui offre le meilleur retour sur investissement (ROI) en fonction de votre profil.
- Un Master universitaire sélectif (comme un MIAGE) peut offrir un salaire d’entrée supérieur à celui d’une école d’ingénieurs privée de milieu de classement, pour un coût quasi nul.
- La valeur à long terme réside dans les compétences fondamentales (algorithmique, architecture), dont la « demi-vie » est bien plus longue que celle des frameworks à la mode.
Recommandation : Auditez chaque formation comme un investissement en vérifiant le grade réel du diplôme (reconnu par l’État), la force de son réseau d’anciens et sa capacité à enseigner les fondations théoriques.
Le choix d’une formation supérieure en informatique ressemble souvent à un dilemme cornélien pour les étudiants et leurs parents. D’un côté, la voie universitaire, quasi-gratuite, perçue comme théorique et exigeant une grande autonomie. De l’autre, les écoles privées, promettant professionnalisation et réseau, mais dont les frais de scolarité peuvent s’élever à plusieurs dizaines de milliers d’euros. L’angoisse est palpable : est-ce un bon investissement ? Le salaire à la sortie justifiera-t-il un tel effort financier ?
Le débat public est saturé de clichés. On entend souvent que « le privé, c’est la pratique » et « la fac, c’est la théorie », ou encore que « le diplôme ne compte pas, seul le portfolio GitHub fait foi ». Ces affirmations, bien que contenant une part de vérité, sont des simplifications dangereuses qui masquent une réalité bien plus nuancée. Elles ignorent la valeur stratégique des différents « actifs » qu’une formation vous lègue : le prestige de la « marque » du diplôme, la puissance du réseau d’anciens, la reconnaissance officielle par l’État ou encore la durabilité des compétences acquises.
Mais si la véritable clé n’était pas de déterminer quelle voie est intrinsèquement « la meilleure », mais plutôt d’apprendre à évaluer chaque option comme un véritable investissement ? Il ne s’agit plus de choisir entre public et privé, mais d’analyser le retour sur investissement (ROI) potentiel de chaque parcours. Pour cela, il faut savoir décrypter ce qui fait la valeur réelle d’un diplôme sur le marché du travail, bien au-delà des brochures marketing.
Cet article propose une grille d’analyse objective pour vous aider à prendre une décision éclairée. Nous allons déconstruire les mythes, analyser les faits et vous donner les outils concrets pour auditer n’importe quelle formation et estimer son véritable potentiel de carrière.
Pour vous guider à travers cette analyse stratégique, nous avons structuré cet article en plusieurs points clés. Vous découvrirez pourquoi certains diplômes universitaires sont des pépites méconnues, comment évaluer la nature réelle des compétences enseignées, et surtout, comment vérifier concrètement la valeur d’un diplôme avant de vous engager.
Sommaire : Analyser le ROI de votre future formation en développement
- Pourquoi certains Masters universitaires sont plus cotés que des écoles d’ingénieurs moyennes ?
- Comment rédiger une lettre de motivation pour un Master MIAGE sélectif ?
- Théorie fondamentale vs Pratique immédiate : que choisir selon votre profil d’apprentissage ?
- L’erreur d’autonomie qui fait redoubler 60% des inscrits en L1 informatique
- Quand chercher son stage de fin d’études : le rétroplanning pour viser les grands groupes
- Le piège du Bachelor d’école qui ne permet aucune poursuite d’études en Master
- Pourquoi le carnet d’adresses de l’école est plus important que le contenu des cours ?
- Comment vérifier si un « Master » d’école privée est vraiment un grade reconnu par l’État ?
Pourquoi certains Masters universitaires sont plus cotés que des écoles d’ingénieurs moyennes ?
L’une des idées reçues les plus tenaces oppose un enseignement universitaire prétendument déconnecté du marché à des écoles privées qui seraient le sésame pour l’emploi. La réalité est bien plus complexe. Un Master universitaire de premier plan, notamment les célèbres MIAGE (Méthodes Informatiques Appliquées à la Gestion des Entreprises), peut non seulement rivaliser mais souvent surclasser des écoles d’ingénieurs privées de milieu de classement en termes de salaire d’embauche et de prestige.
La raison principale est le signal de sélectivité. Entrer dans un Master 2 MIAGE à Paris-Dauphine, à la Sorbonne ou à Grenoble est extrêmement compétitif. Les recruteurs le savent : un étudiant qui a passé ce filtre possède non seulement de solides compétences techniques et managériales, mais aussi une grande capacité de travail et une rigueur intellectuelle. Cette sélectivité crée une « marque » forte, aussi précieuse que celle de nombreuses écoles. Les chiffres le confirment : le salaire moyen pour un diplômé de Master MIAGE est estimé à environ 40 367 € par an, un niveau très compétitif pour un premier emploi.
Le second actif majeur de ces formations est la qualité de leur réseau d’anciens (alumni). Les réseaux MIAGE, par exemple, sont parmi les plus anciens et les mieux structurés de France. Ils fonctionnent comme des écosystèmes où les anciens, souvent placés à des postes de direction, cooptent et favorisent l’embauche des nouvelles promotions. La densité et la force de ce « capital-réseau » sont des atouts inestimables qui dépassent largement le cadre de la formation initiale.
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Comme le suggère cette image, un réseau n’est pas qu’une liste de contacts. C’est la qualité et la solidité des connexions qui créent de la valeur. Un Master réputé, par sa sélectivité et son histoire, tisse un maillage bien plus robuste et influent qu’une jeune école privée au réseau encore embryonnaire.
Comment rédiger une lettre de motivation pour un Master MIAGE sélectif ?
Intégrer un Master de premier plan comme un MIAGE exige de passer un filtre de sélection rigoureux. La lettre de motivation est souvent l’élément décisif qui permet au jury de départager des candidats aux parcours académiques similaires. L’erreur commune est de tomber dans des formules creuses et génériques, qui garantissent une élimination rapide. Une bonne lettre de motivation n’est pas une supplique, mais une démonstration : elle doit prouver que vous êtes un investissement rentable pour la formation.
Oubliez les phrases toutes faites sur votre motivation et votre détermination. Une approche bien plus efficace est de structurer votre lettre comme une réponse à un « cas client ». Le « client » est le Master, et vous êtes le « consultant » qui propose une solution à son problème (recruter les meilleurs talents). Vous devez démontrer que vous avez compris ses besoins (le contenu et les objectifs du programme) et que votre profil est la meilleure réponse.
Évitez à tout prix les formulations vagues qui ne démontrent rien. Par exemple, une phrase comme celle trouvée sur un forum d’entraide, bien que partant d’une bonne intention, est un archétype de ce qu’il faut éviter. L’auteur y écrit, comme le rapporte le Forum Futura Sciences :
Étant motivé et déterminé, je souhaiterais intégrer votre établissement […] en ajoutant à cela mes connaissances, ma capacité de compréhension ainsi que mon goût pour le travail d’équipe
– Exemple de formulation, Forum Futura Sciences – Lettres de motivation MIAGE
Cette phrase n’apporte aucune information concrète et pourrait être écrite par n’importe qui. Pour vous démarquer, chaque affirmation doit être étayée par une preuve.
Votre plan d’action pour une lettre de motivation percutante
- Démontrer votre compréhension : Ne dites pas « votre Master m’intéresse ». Expliquez précisément pourquoi la spécialisation « Systèmes d’Information et Transformation Digitale » de CE Master correspond à votre projet de devenir architecte SI dans le secteur bancaire. Citez des modules de cours ou des noms de professeurs.
- Mettre en évidence la double compétence : Utilisez un vocabulaire qui mêle management et technique. Parlez d’ « alignement stratégique des SI », de « pilotage de projet agile » ou d’ « optimisation de l’architecture système pour la performance métier ».
- Prouver votre engagement par des faits : Au lieu de « j’aime le travail d’équipe », décrivez votre rôle dans un projet universitaire où vous avez utilisé Git pour gérer les conflits de version et Trello pour suivre les tâches. Mentionnez vos contributions à des projets open-source ou votre participation à des hackathons.
- Présenter votre « ROI » pour le Master : Inversez la perspective. Expliquez en quoi votre admission sera bénéfique pour la réputation du diplôme. Exemple : « Mon ambition de créer une startup dans la Green Tech à l’issue du Master contribuera à positionner la formation sur ce secteur d’avenir. »
- Proposer un plan d’action : Montrez que vous êtes déjà dans les starting-blocks. Terminez en indiquant ce que vous comptez faire dès votre arrivée : « Je prévois de m’impliquer dans le junior-conseil pour mettre en pratique les cours de gestion de projet et de commencer immédiatement mes recherches de stage auprès de vos entreprises partenaires. »
Théorie fondamentale vs Pratique immédiate : que choisir selon votre profil d’apprentissage ?
Le débat entre l’université « théorique » et l’école « pratique » est souvent mal posé. La vraie question n’est pas de savoir quelle approche est la meilleure, mais laquelle est la plus adaptée à votre profil et à vos objectifs de carrière. Comprendre la différence entre ces deux types de compétences est essentiel pour faire un choix d’investissement éclairé. Pour cela, le concept de « demi-vie des compétences » est une grille de lecture extrêmement pertinente.
Une compétence pratique, comme la maîtrise d’un framework JavaScript (React, Angular, Vue.js), a une forte valeur immédiate sur le marché du travail. Elle vous rend employable rapidement. Cependant, sa « demi-vie » est courte : en 2 ou 3 ans, un nouveau framework peut devenir dominant, rendant votre expertise obsolète si elle n’est pas constamment mise à jour. À l’inverse, une compétence théorique, comme la compréhension de l’algorithmique, de la complexité (Big O notation) ou des principes d’architecture logicielle, est un investissement à long terme. Sa valeur immédiate peut sembler moindre, mais sa « demi-vie » est de 10 à 15 ans. Ces fondations vous permettront de comprendre et d’adopter n’importe quel nouveau framework bien plus rapidement.
L’idéal est bien sûr un parcours hybride, qui combine le meilleur des deux mondes. Cela peut être une Licence universitaire solide suivie d’un Master professionnalisant ou d’un bootcamp intensif, ou une école d’ingénieurs qui valorise autant les projets concrets que les mathématiques sous-jacentes. Pour savoir vers quoi vous tourner, il est utile de vous auto-évaluer. Si vous aimez comprendre le « pourquoi » avant le « comment » et que vous avez besoin de schémas conceptuels avant de coder, un parcours avec une forte composante théorique est sans doute plus adapté. Si, au contraire, vous apprenez mieux en « faisant », en assemblant des briques et en voyant un résultat tangible rapidement, une formation orientée projet sera plus stimulante pour vous.
Le tableau suivant, inspiré d’une analyse des compétences techniques pour les développeurs, synthétise cette vision en termes de retour sur investissement.
| Type de compétence | Demi-vie estimée | Exemples | Retour sur investissement |
|---|---|---|---|
| Pratique (frameworks) | 2-3 ans | React, Angular, Vue.js | Rentabilité immédiate mais décroissante |
| Théorique (fondamentaux) | 10-15 ans | Algorithmique, complexité, architecture | Investissement long terme, valorisation croissante |
| Hybride | 5-7 ans | Design patterns, méthodologies agiles | Équilibre rentabilité/durabilité |
Choisir son camp n’est pas une fatalité. Un profil « pratique » peut et doit acquérir des bases théoriques pour évoluer, tandis qu’un profil « théorique » doit se forcer à mettre les mains dans le code pour ne pas rester déconnecté. L’important est de choisir une formation initiale qui correspond à votre mode d’apprentissage naturel pour maximiser vos chances de succès.
L’erreur d’autonomie qui fait redoubler 60% des inscrits en L1 informatique
Le passage du lycée à l’université est un choc culturel pour de nombreux étudiants, et la première année de licence (L1) en informatique est particulièrement impitoyable. Le chiffre, souvent cité dans les couloirs des universités, est alarmant : près de 60% des inscrits en L1 informatique n’accèdent pas à la deuxième année du premier coup. Si les difficultés académiques, notamment en mathématiques, expliquent une partie de cet échec, la cause principale est ailleurs : c’est le piège de l’autonomie.
Au lycée, l’étudiant est dans un cadre très structuré : les professeurs vérifient les devoirs, les absences sont signalées, le rythme est imposé. À l’université, tout bascule. L’étudiant se retrouve livré à lui-même dans des amphithéâtres de 200 personnes. Personne ne vérifiera s’il a assisté au cours magistral ou s’il a fait les exercices de travaux dirigés (TD). Cette liberté soudaine est un cadeau empoisonné pour ceux qui n’y sont pas préparés. L’erreur fatale est de croire que l’on peut « gérer » en ne se présentant qu’aux TD et en travaillant uniquement la veille des partiels.
En informatique, cette stratégie est suicidaire. Les concepts, notamment en algorithmique, en architecture des ordinateurs ou en mathématiques pour l’informatique, sont cumulatifs. Chaque notion s’appuie sur la précédente. Manquer un cours ou ne pas faire un TD crée une lacune qui se transforme rapidement en un gouffre infranchissable. La procrastination devient l’ennemi numéro un. L’étudiant qui repousse le travail se retrouve en novembre avec un retard si conséquent qu’il se sent noyé et démoralisé, menant souvent à l’abandon avant même les examens du premier semestre.
À l’inverse, les écoles privées, et notamment les écoles d’ingénieurs, maintiennent souvent un cadre beaucoup plus scolaire et encadrant : contrôle continu, présence obligatoire, classes à effectif réduit. Cet environnement est plus rassurant pour un étudiant qui sort du bac et peut faciliter la transition. C’est un des « actifs » que les parents paient cher : la garantie d’un suivi qui minimise le risque de décrochage. Choisir l’université, c’est donc faire le pari de sa propre maturité. C’est un excellent choix pour les étudiants déjà autonomes et organisés, mais un pari risqué pour les autres.
Quand chercher son stage de fin d’études : le rétroplanning pour viser les grands groupes
Le stage de fin d’études est bien plus qu’une simple ligne sur un CV ; c’est souvent une pré-embauche déguisée, surtout dans les grands groupes du secteur technologique (Google, Microsoft, Dassault Systèmes, Thales…). Décrocher un stage dans l’une de ces entreprises peut déterminer la trajectoire de début de carrière et le niveau de salaire. Cependant, la compétition est féroce et les processus de recrutement sont longs. Attendre le dernier moment est la meilleure façon de se retrouver avec un stage par défaut, peu intéressant et mal rémunéré.
Pour viser l’excellence, il faut adopter la mentalité d’un athlète se préparant pour les Jeux Olympiques : la clé est l’anticipation. Les grands groupes lancent leurs campagnes de recrutement de stagiaires près d’un an à l’avance. Un étudiant en Master 2 qui cherche un stage pour le mois de février suivant doit donc commencer son processus dès la rentrée de septembre, voire pendant l’été qui précède.
Voici un rétroplanning stratégique pour maximiser ses chances :
- J-9 à J-12 (Printemps/Été de l’année N-1) : La phase de préparation. C’est le moment de peaufiner ses outils. Mettre à jour son CV en le faisant relire par des professionnels ou des anciens. Nettoyer et professionnaliser son profil LinkedIn. Surtout, c’est la période idéale pour contribuer à un projet sur GitHub, écrire quelques articles techniques sur Medium ou son blog personnel, ou passer une certification (AWS, Google Cloud…). Ces « preuves de travail » feront toute la différence.
- J-6 à J-9 (Septembre – Décembre) : La phase de candidature active. Les portails carrière des grands groupes ouvrent leurs offres de stage. C’est le moment d’activer les alertes et de postuler massivement, mais de manière ciblée. Chaque candidature doit être personnalisée (une lettre de motivation adaptée, des mots-clés de l’offre repris dans le CV). C’est aussi la période des forums écoles/universités : il faut s’y rendre avec un CV et un discours préparé.
- J-3 à J-6 (Décembre – Mars) : La phase des entretiens. Si la phase précédente a été bien menée, les invitations pour des entretiens techniques et RH commencent à arriver. Il faut s’y préparer sérieusement : réviser ses bases en algorithmique, s’entraîner sur des plateformes comme LeetCode, et préparer des réponses aux questions comportementales classiques (« Parlez-moi d’un projet dont vous êtes fier », « Décrivez un conflit technique que vous avez dû résoudre »…).
- J-3 et moins (Mars et après) : La phase de clôture ou de rattrapage. Idéalement, une ou plusieurs offres fermes sont déjà signées à ce stade. Pour ceux qui n’ont pas encore trouvé, il ne faut pas paniquer. De nombreuses PME et startups, plus agiles, commencent leur recrutement à cette période. Leurs processus sont plus courts et peuvent offrir des opportunités tout aussi intéressantes, souvent avec plus de responsabilités.
Le piège du Bachelor d’école qui ne permet aucune poursuite d’études en Master
Dans la jungle des formations post-bac, les intitulés peuvent être trompeurs. De nombreuses écoles privées proposent des « Bachelors », un terme qui sonne international et prestigieux. Cependant, tous les Bachelors ne se valent pas, et certains peuvent se révéler être de véritables impasses pour les étudiants qui souhaitent poursuivre leurs études au niveau Master. Le piège réside dans la confusion entre un titre, un diplôme et un grade.
Pour qu’un étudiant puisse intégrer un Master universitaire (ou une autre formation requérant un niveau Bac+3 validé), il doit être titulaire non pas de n’importe quel Bac+3, mais d’un diplôme conférant le grade de Licence. Ce grade est une reconnaissance officielle par l’État qui garantit un certain niveau académique et ouvre le droit à la poursuite d’études dans le cycle supérieur (Master-Doctorat).
Le problème est que beaucoup de Bachelors d’écoles privées ne confèrent pas ce grade. Ils peuvent délivrer :
- Un titre RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles) : C’est une certification qui atteste de compétences pour un métier donné. Un titre RNCP de niveau 6 (équivalent Bac+3) est très pertinent pour l’insertion professionnelle immédiate. Cependant, il ne garantit en aucun cas le droit de poursuivre en Master universitaire. L’université est souveraine et peut refuser des candidats qui n’ont pas le grade de Licence, même avec un excellent dossier.
- Un simple « diplôme d’établissement » : C’est le cas le plus problématique. Il s’agit d’un diplôme qui n’est reconnu que par l’école qui le délivre. Il n’a ni la reconnaissance professionnelle du titre RNCP, ni la reconnaissance académique du grade de Licence. Sa valeur sur le marché du travail et pour la poursuite d’études est très faible, voire nulle en dehors du réseau de l’école.
L’étudiant qui s’engage dans un Bachelor non visé par l’État et ne conférant pas le grade de Licence prend un risque considérable. S’il souhaite, après trois ans, intégrer un Master sélectif, il pourrait se voir fermer toutes les portes et être contraint de « racheter » une année de remise à niveau ou de refaire une L3 universitaire. Avant de signer un chèque pour un Bachelor, il est donc impératif de poser la question directe à l’administration de l’école : « Votre diplôme confère-t-il le grade de Licence ? ». La réponse doit être un « oui » clair, et non une réponse évasive sur « l’équivalence » ou le titre RNCP.
Pourquoi le carnet d’adresses de l’école est plus important que le contenu des cours ?
Le titre est volontairement provocateur, mais il contient une vérité profonde que beaucoup d’étudiants et de parents sous-estiment. Si le contenu académique est le fondement nécessaire de toute bonne formation, le « capital-réseau » légué par une école ou une université est souvent le multiplicateur de valeur qui fera décoller une carrière. Dans le secteur de la tech, où les compétences sont supposées être une pure méritocratie, le réseau joue un rôle plus subtil mais tout aussi décisif.
Premièrement, le réseau est un accélérateur d’accès à l’information. Une grande partie des opportunités professionnelles les plus intéressantes ne sont jamais publiées sur les sites d’emploi. C’est le « marché caché » de l’emploi, accessible principalement par cooptation. Un ancien de votre formation, travaillant chez un éditeur de logiciel en pleine croissance, saura avant tout le monde qu’un poste de développeur senior va s’ouvrir dans son équipe. Il pourra non seulement vous transmettre l’information mais aussi appuyer votre candidature en interne, ce qui vous donne une crédibilité instantanée.
Deuxièmement, le réseau est un filtre de culture d’entreprise. Choisir une entreprise, c’est aussi choisir un environnement de travail. En discutant avec des anciens qui travaillent dans différentes sociétés, vous obtiendrez des informations honnêtes et non filtrées sur la réalité du quotidien : l’équilibre vie pro/vie perso, les pratiques de management, la qualité des projets techniques, etc. C’est une information précieuse que l’on ne trouve jamais dans les descriptions de poste.
Enfin, le réseau est un levier de carrière à long terme. Votre promotion de Master ou d’école, ce sont vos futurs collègues, managers, clients ou partenaires. Dix ans après votre diplôme, lorsque vous chercherez à lever des fonds pour votre startup, à recruter un expert sur une technologie de niche ou à changer de secteur, c’est ce réseau que vous activerez en priorité. Investir dans une formation, c’est donc aussi investir dans la qualité de la promotion avec laquelle vous allez passer plusieurs années et tisser des liens durables. La sélectivité d’une formation garantit non seulement un niveau académique élevé, mais aussi un réseau futur de pairs ambitieux et talentueux.
À retenir
- La sélectivité d’un Master public de premier plan (ex: MIAGE) peut lui donner plus de valeur sur le marché du travail qu’une école privée moyenne, pour un coût quasi nul.
- L’évaluation d’un diplôme doit se faire sur la base de ses « actifs » : le grade reconnu par l’État (grade de Licence/Master), la force du réseau d’anciens et la part de compétences fondamentales à longue « demi-vie ».
- Le choix entre théorie et pratique n’est pas binaire. Il doit être aligné avec son propre profil d’apprentissage et ses objectifs de carrière pour maximiser les chances de succès.
Comment vérifier si un « Master » d’école privée est vraiment un grade reconnu par l’État ?
Nous avons établi que la reconnaissance par l’État, et plus précisément l’obtention d’un grade officiel, est un « actif » fondamental de votre diplôme. C’est ce qui garantit sa portabilité, le droit à la poursuite d’études et un certain standard de qualité. Le marketing des écoles étant souvent flou, voire trompeur, il est de votre responsabilité d’auditeur et d’investisseur de vérifier vous-même ces informations. Heureusement, des outils officiels et publics existent. Ne vous fiez jamais uniquement à la parole de l’école ; faites vos propres recherches.
Voici la procédure en trois étapes pour auditer la reconnaissance d’un diplôme en France :
- Vérifier le titre RNCP sur France Compétences : La première étape est de se rendre sur le site France Compétences, l’autorité nationale de financement et de régulation de la formation professionnelle. Son moteur de recherche vous permet de trouver n’importe quelle certification enregistrée au RNCP. Si le « Master » de l’école y figure, c’est une bonne chose : cela signifie que la formation est reconnue pour son insertion professionnelle. Notez le niveau (Niveau 7 pour un équivalent Bac+5) et la date de fin de validité. Mais attention, comme nous l’avons vu, un titre RNCP ne signifie pas « grade de Master ».
- Vérifier le visa de l’État et le grade de Master : C’est l’étape la plus importante. Pour les écoles de commerce, le site de la CEFDG (Commission d’Évaluation des Formations et Diplômes de Gestion) liste tous les diplômes qui sont « visés » par l’État et ceux qui confèrent le grade de Master. Pour les écoles d’ingénieurs, c’est la CTI (Commission des Titres d’Ingénieur) qui fait foi. Pour les autres formations, la liste des diplômes conférant le grade de Master est publiée au Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale. Une recherche simple sur internet avec « Bulletin Officiel grade de Master [nom de l’école] » donne souvent le résultat. Si vous ne trouvez rien, la méfiance est de mise.
- Poser les bonnes questions par écrit : Après vos recherches, contactez l’école par email (pour garder une trace écrite) avec des questions précises : « Votre diplôme [nom exact du diplôme] est-il enregistré au RNCP ? Si oui, sous quel numéro ? », « Ce diplôme est-il visé par le Ministère de l’Enseignement Supérieur ? », et la question ultime : « Ce diplôme confère-t-il le grade de Master ? ». Une école sérieuse vous répondra de manière transparente, en vous fournissant les liens vers les arrêtés ou les fiches officielles. Une réponse floue est un signal d’alarme majeur.
Cette démarche d’audit est le meilleur investissement de temps que vous puissiez faire. Un diplôme sans reconnaissance officielle est un actif à très haut risque. Il peut payer à court terme grâce à un stage, mais s’avérer être un boulet pour votre évolution de carrière ou si vous décidez un jour de reprendre des études, de passer un concours de la fonction publique ou de travailler à l’étranger.
Pour concrétiser cette démarche et faire le choix le plus avisé pour votre avenir, l’étape suivante consiste à auditer de manière rigoureuse chaque formation envisagée à l’aide des critères que nous avons établis tout au long de cet article.